Contexte historique de la vie de l’équipage du Lieutenant Joumas 

 

Il me semble bon, pour ceux qui liraient ou liront ces lignes sans  avoir une connaissance  bien précise des événements historiques de la période 1939-1945, de situer le contexte dans lequel cette histoire se situe.

J'ai écrit en rouge les remarques concernant les personnages pour la pèriode donnée.

 

 

 

Quand la guerre éclate la population française est encore profondément marquée par la guerre précédente et ses hécatombes de soldats.

Ce n’est pas, pour le moins, « la fleur au fusil », ni dans l’esprit des soldats, ni dans celui des civils  que la déclaration de guerre est accueillie. Tous mesurent les peines, douleurs et privation qui s’annoncent.

N’oublions pas aussi que les français sont déjà entrés (peu par rapport à aujourd’hui…) dans l’ère de la consommation et des congés payés.

 

Les premiers mois sont un véritable soulagement pour la majorité car aucune action d’envergure ne se produit sur le front français. C’est la fameuse période nommée chez les français «  Drôle de Guerre », en anglais « PhoneyWar » et chez les allemands « Sitzkrieg » (guerre assise).

Il y a quelques pertes, surtout chez les aviateurs de la Reconnaissance et un peu chez les chasseurs, mais très peu dans l’armée de terre.

 

A cette époque :

Joumas et Bayle sont dans des unités qui ne sont pas ou peu engagées, eux sont en formation dite opérationnelle dans ces unités.

Dugnat est en formation élémentaire de mitrailleur en école loin du front comme Bourreau, lui en formation de radio.

Barde est en cours d’ajusteur-mécanicien dans une école civile.

Martrou et Esquilat sont encore étudiants.

 

Le réveil est dur le 10 mai 1940.

La population civile française connaît très vite les bombardements. Ce ne sont pas encore les bombardements « stratégiques » auxquels participera l’équipage ou des raids de terreurs comme ils se sont déjà produits sur Guernica en Espagne ou Varsovie mais des bombardements tactiques d’aérodromes, de gares plus ou moins éloignés du front.

Les visées n’étant pas des plus précises, la population pensera toujours avoir été volontairement prise pour cible, mais l'histoire ne retient pas en France pendant cette période de bombardements de « terreur » volontaires sur la population des villes comme ceux de Guernica, Varsovie, Coventry ou Hambourg et Dresde

Un exemple, ce 10 mai 1940 mon père voit passer au-dessus de l’immeuble voisin de celui d’André Esquilat, à 5km de sa cible, un Heinkel 111 qui va bombarder le terrain de Bron. André Esquilat ,comme lui,   a pu voir  la même chose de son immeuble avant d’aller en cours.

Voir site internet :

http://www.guichetdusavoir.org/viewtopic.php?t=27058
extrait  de ce site :

« 10 mai 1940 – C’est le 10 mai 1940 que Lyon entre vraiment dans la guerre : de 4h 40 à 6h du matin, l’aéroport de Bron est longuement attaqué à la bombe et à la mitrailleuse par l’aviation allemande. 16 victimes civiles et militaires (Français et Polonais). Un avion allemand abattu. L’ambiance se modifie radicalement à Lyon. Dans l’après-midi l’alerte est à nouveau donnée. La D.C.A. ouvre le feu. Cette fois les Lyonnais descendent dans les abris, munis de leurs masques à gaz. Ils se sentent brutalement plongés dans la guerre, dans une guerre qu’ils croient longue.

2 juin – De nouveau, bombardement allemand sur les infrastructures de la base de Bron (approximativement 230 bombes). Des victimes : 6 morts et 10 blessés parmi les militaires, 2 civils tués. De nombreux appareils français ont été détruits au sol. L’aviation allemande dispose de la maîtrise complète du ciel. »

 

Les armées de terre partent prêter main forte aux belges agressés malgré leur neutralité

 

Pendant cette période, l'aviation française se bat durement.

Avec le recul, on peut, peut être, dire qu’elle se bat avec des méthodes et un esprit obsolètes dus à une certain manque d'adaptation des états majors.

La crise du matériel se fait cruellement sentir surtout dans le bombardement.

L'unité de Bayle équipé de matériel antique impropre aux vols opérationnels dès la « Drôle de Guerre » part au Maroc se rééquiper en avions américains Douglas DB7, elle n'interviendra pas pendant ce que l'on appellera « La campagne de France ».

Celle de Joumas se rééquipera pareillement d'avions français modernes Léo 45.

Les équipages de cette aviation se sacrifient dans des attaques infructueuses sur les Panzers, les ponts, les troupes en attaques à basse et moyenne altitude pour lesquelles ces avions n'avaient pas été conçus. ..

L'aviation de reconnaissance qui s'est déjà bien battue et a déjà bien souffert avant cette campagne va continuer son travail et, à souffrir...

Elle se saigne pour essayer de tenir au courant les états majors de l'armée débordés physiquement, moralement, voir intellectuellement dès le 10 mai.

Elle est soumise à la DCA très dense que les allemands transportent avec eux et à la supériorité numérique et technique de la chasse allemande.

Dugnat devenu opérationnel dans une de ces unités comme mitrailleur sur Potez 63-11 va survivre à ces missions souvent désespérées.

La chasse Française est elle aussi débordée à la fois par son utilisation en petits paquets en couverture d'armée et par la vétusté de la plus grande partie de ses effectifs constituée de MS406.

Elle convertit ses groupes sur Dewoitine 520, le seul appareil de son inventaire, capable d'affronter les chasseurs allemands, en plein combat, pour ne pas dire en pleine retraite et désorganisation de ses centres de stockage.

Barde en plein apprentissage civil d'ajusteur mécanicien aéronautique participe à la mise au point avant livraison de ces magnifiques chasseurs à Toulouse.

Après la rupture du front de la Somme début juin 1940, la défaite se profile très vite.

Une partie des groupes français équipés de matériel moderne se voient envoyés en Afrique du Nord. Les aviateurs pensent encore que c'est pour y continuer le combat.

L'armistice est signé le 22 juin 1940.

 

 

La population française dans sa grande majorité, sous le coup de cette défaite, se réjouit de la fin des combats et des pertes.    

L’armée de terre n'existe pratiquement plus, l'Armée de l'Air disloquée et divisée entre la métropole et l’Afrique du nord est exsangue et fatiguée.

Seule la marine reste totalement en état de combattre malgré quelques pertes.

Civils et militaires accordent plus d'intérêt aux propos du Maréchal Pétain qu'à ceux de ce général inconnu que la plupart n'ont pas entendu d'ailleurs, De Gaulle.

Théoriquement l'Armée de l'Air aux termes de l'armistice doit être dissoute et son matériel livré aux allemands.

Peu parmi les membres des unités constituées et s'étant battues vont alors rejoindre les anglais ou le général De Gaulle,  si toutefois d'ailleurs  ils ont entendu son appel. Ce sera surtout le fait d'aviateurs isolés ou non rattachés à des unités ayant combattu  et qui souvent n'ont pas entendu même cet appel...

Mais le 3 juillet 1940 les anglais, en attaquant la flotte française à Mers El Kébir qui ne veut ni se saborder, ni se rallier à eux, sauvent cette Armée de l'Air de la dissolution. Et de ce fait ils ferment définitvement la porte à ceux qui pouvaient encore envisager de les rallier en corps constitués.

La chasse et le bombardement présents en Algérie et au Maroc rapidement réarmés ripostent suffisamment pour que les allemands, incapables d'intervenir en AFN, laissent survivre cette aviation.

Cependant tout le personnel non d'active est démobilisé.

Ce sera le cas pour Joumas dans le midi de la France qui va très vite reprendre ses études puis son activité d'ingénieur Agronome en Tunisie puis en Afrique au Dahomey

En France on ne sait pas vraiment ce que fait Dugnat à partir de Juillet . Mais il ne vole plus c'est pratiquement certain. Il rejoindra l'AFN seulement en 1942 mais dans la DCA...

Les autres continueront avec de faibles moyens tant en heures de vol du personnel que des avions et  ce avec des potentiels de carburant et de munitions très surveillés par les commissions d'armistices.

Bayle, Dugnat et Bourreau, engagés volontaires, tous trois en Afrique du Nord feront partie dès le début de cette aviation dite "aviation de Vichy".

 

 

La tension entre la France et l'Angleterre va continuer à se détériorer avec l’incident de Dakar en septembre 1940. Cela conduira même l'aviation française à bombarder Gibraltar le 23 septembre de cette même année en représailles...

Le gouvernement de Vichy va en profiter pour renforcer son potentiel dans les territoires d'Afrique.

Pour cela le gouvernement vote une loi du 21 janvier 1941 concernant la fixation du régime normal des engagements et réengagements dans l'Armée de l'Air qui va bénéficier à Esquilat, Martrou et Barde qui signent des engagements cette année là.

Si l'on étudie les textes de leurs engagements, on se rend compte que si ces engagements se font en Métropole, ils le sont pour des bases en Afrique du Nord en particulier celle de Blida qui est mentionnée dès l'engagement comme lieu d'affectation

Il faudra pouvoir étudier le contenu de cette loi pour voir si c'est un subterfuge de l'administration de Vichy pour compléter ou renforcer cette aviation, ou si c'était prévu dans les accords avec les allemands.

 

Les mois s'écoulent. L’Allemagne est victorieuse sur tous les fronts même si elle ne réussit pas à faire plier l'Angleterre. En métropole le gouvernement de Vichy met en place sa Révolution Nationale dans la partie du pays qu'il gère et dans les territoires d'Outre mer et colonies. Même si certaines d'entre elles font  défection et se rallient à la France Libre.

Les français sont séparés par la ligne de démarcation. La zone occupée sous le joug et la gestion des allemands avec seulement des représentations de l’administration du gouvernement de Vichy. La zone Sud dite « Libre » elle est complètement administrée par le gouvernement Pétain.

Son attitude vis à vis de l'Allemagne fluctue en fonction des hommes qui entourent le Maréchal Pétain, Darlan, Laval.

Les français essaient de survivre aux restrictions.

En zone occupée celles-ci sont encore plus dures et la présence allemande ne facilite en rien leur vie.

Il y a encore peu  d’actes  de résistance et, si il y en a, ce sont des actes isolés.

L’URSS n’étant pas encore agressée, le parti communiste n’est pas encore devenu ni le parti de la Résistance, ni le parti des Fusillés.

En zone libre les français s’organisent un peu mieux et la vie est moins dure.

Le marché noir devient un sport national qui unit les deux zones.

L’armée française de la zone Sud et des colonies sommeille...

Clostermann, très dur avec cette armée, dira d'elle que son personnel se fait bronzer sur les plages d’Algérie et du Maroc, tandis que celui des FAFL meurt dans les sables de Lybie ou dans les eaux de l’Atlantique Nord ou dans les cieux d’Angleterre…

Certains officiers essayent de camoufler un peu de matériel aux commissions italo-allemandes au cas où…

Les escarmouches avec les anglais continuent dans les airs ou sur l'eau autour de l'Afrique du Nord.

Cependant un conflit ouvert important va éclater en Syrie en mai 1941 qui va voir des affrontements très importants au sol et dans les airs et qui se soldera pour la France de Vichy par la perte de ce protectorat dont la gestion sera confiée par les anglais à la France Libre.

L’antagonisme entre forces armées légalistes de Pétain et français libres avec leurs alliés anglais en sera renforcé.

 

Cependant fin 1941, l'entrée en guerre des Etats- Unis marque un tournant important dans la guerre perçue par certains dirigeants de Vichy quant au potentiel industriel qui se trouve maintenant face à l’Allemagne. Mais les six premiers mois de 1942 avec les défaites de ces derniers dans le Pacifique ne modifie pas vraiment le pessimisme quant à la victoire des alliés en France. La pénurie matérielle et alimentaire en Métropole et dans les territoires d'Outre Mer reste au cœur des préoccupations des français.

 

L'automne 1942 va pourtant apporter de profonds bouleversements à la vie des uns et des autres...

Dans le pacifique, les États-Unis ont   stoppé avec la victoire de la bataille de Midway en juin  les Japonais et leur ont infligé des pertes stratégiques dans leur aéronavale. Enfin  le premier débarquement à Guadalcanal qui matèrialise le début de la contre offensive accentue cette volte-face.

En Russie les allemands se trouvent en grande difficulté devant Stalingrad, enfin les anglais en Égypte avec le général Montgomery stoppent le général Rommel et dans les tous premiers jours de novembre, ce sont ces forces qui bousculent les italo-allemands à El-Alamein.

 

 

Mais l’événement marquant de cette année pour les français et surtout pour les membres de l'équipage, c'est le 8 novembre 1942 le débarquement des anglo-américains au Maroc et en Algérie.

Des combats vont durer pendant 3 jours, ces combats figureront d'ailleurs dans les états des campagnes de Esquilat, Martrou, Bourreau.

Même si ceux-ci ne feront certainement que subir les bombardements des alliés mais ne feront pas le coup de feu. Esquilat dut voir à Oran les combats aériens que livrent les D520 du groupe de chasse III/3 (  alias I/3 renommé III/3 en sanction de la désertion  vers l'Angleterrede trois de ses pilote en automne 1941) contre les avions anglais qui s'attaquent à la base et les bombardements de l'artillerie américaine comme me l’a rapporté Camille Coquot.

Les conséquences :

La zone libre gérée par Vichy en Métropole est envahie par les troupes allemandes qui se portent sur côtes de la méditerranée française pour y éviter un nouveau débarquement allié.

C'est de facto aussi la fin de l'armée de Vichy. Les allemands et les Italiens s'emparent du matériel de cette armée dont tous les avions de l'Armée de l'Air et les forces armées françaises sont démobilisées « violemment » la plupart du temps (voir ce qui s'est passé sur la base de Bron), la sinistre police allemande Gestapo arrive également en ex Zone Libre.

 

La France est maintenant totalement sous le joug allemand, le gouvernement de Vichy n'ayant plus qu'un rôle de serviteur malheureusement souvent plus zélé que le maître...

 

Ceci va avoir également comme conséquence directe sur  tous les membres de l'équipage :

ils ne vont plus pouvoir communiquer du tout avec leurs familles restées en métropole.

Ils resteront sans nouvelles de leurs familles et réciproquement jusqu'en août ou septembre 1944 vraissemblablement quand la plus grande partie des zones où résident ces familles seront libérées par les alliés.

A l'éloignement physique va s'ajouter la rupture épistolaire.

 

En Algérie et au Maroc, les troupes françaises, sur ordre de l'Amiral Darlan qui se trouvait fortuitement en Algérie auprès de son fils hospitalisé à Alger, vont se rallier aux alliés.

Durant les six premiers mois de 1943, l'aviation va devoir, pour reprendre le combat contre les allemands, se plier aux normes anglo-américaines et s'entraîner activement.

Cette coopération avec les anglais n’est pas du goût de tout le personnel militaire tant dans l’aviation que dans le marine. Il ne faut pas oublier qu’il y a eu des milliers de morts dans les rangs des armées françaises dus aux attaques des britanniques contre leur allié du début de la guerre. La propagande de Vichy a laissé aussi des traces. Ce n’est pas pour rien que lors de l’intervention en novembre, les avions anglais portaient des cocardes américaines afin d’éviter autant que possible trop d’ardeur guerrière des aviateurs français…

Joumas se trouve à nouveau mobilisé et reprend son entraînement tandis que celui de Bayle, dont l'unité d'origine a été dissoute, s'intensifie en attendant que ce dernier soit  affecté à une autre unité. Dugnat vole à nouveau et ce  dans la même unité que Joumas.

 

Les unités de l'Armée de l'Air vont être affectées sur un théâtre d'opérations ou l'autre par les États Majors français américains et anglais. Les aviateurs de ces unités suivront sans avoir le choix.

Il faut aussi former du personnel pour compléter les effectifs des unités qui vont être engagées et leur créer des réserves. Les écoles de l'armée de l'air vont tourner à plein régime. On va demander aussi des volontaires pour entrer dans le personnel naviguant.

Martrou, Esquilat, Barde, Bourreau, comme nos anciens Camille Coquot et Raphaël Masson seront de ceux-là.

 

Mais dans cette Afrique du Nord de 1943, le destin, comme souvent en temps de guerre, va encore faire son œuvre.

Les forces aériennes françaises sont engagées dans des lieux différents avec des alliés différents. Pour ce qui est du bombardement, il existe surtout une filière franco-américaine où la formation se fait en Algérie et/ou aux Etats-Unis qui va alimenter des groupes de bombardiers moyens de bombardement tactique sur bimoteurs B26 Marauder américains.

Il existe aussi une filière anglaise pour alimenter les deux Groupes Lourds sur quadrimoteurs  que la RAF a souhaité accueillir en Grande Bretagne pour participer à l'offensive de bombardements stratégiques que réalise le Bomber Command .

Le hasard va faire que certains vont être affectés soit vers une filière soit vers  l'autre.  

Joumas, Bayle, Dugnat, Barde, Bourreau, Martrou, Esquilat vont être affectés à la filière anglaise...

 

Le choix des Anglais a été le bombardement stratégique de nuit alors que celui de leur allié américain a été le bombardement stratégique de jour.

 

Leurs quadrimoteurs, si ils emportent une charge de bombes souvent supérieure à celle de leurs alliés américains, aussi vite, aussi loin, sont moins bien armés défensivement, car leurs mitrailleuses presque aussi nombreuses sont  par contre d'un plus faible calibre 7,5 mm contre 12,7 mm et donc moins efficaces pour faire face aux chasseurs allemands. Par contre si de jour les tirs se font à  distance moyenne , de nuit,  ils se font souvent pratiquement à bout portant à la fois pour le chasseur et les mitrailleurs...

Les anglais  ont développé la technique du "fleuve" d'avions,

le fameux « Stream » de bombardiers, pour saturer les défenses antiaériennes allemandes et plus particulièrement leur réseau radar.

Chaque avion évolue à l'intérieur comme une goutte d'eau au milieu de mille autres gouttes.

Chaque avion respecte un horaire précis pour atteindre l'objectif à une heure donnée,en ayant viré à des points précis à des heures précises. C'est le navigateur enfermé dans son poste coupé de l'extérieur, séparé des autres membres de l'équipage par un rideau, qui a la lourde tache en ne se servant que de ses instruments et de ses calculs, de guider cet avion dans sa course dans la nuit la plus obscure possible pour ne pas être vu des chasseurs adverses.

A l'inverse des américains ils ne volent pas en formation.

Ils ne le pourraient pas.Car le plus souvent ils ne se voient pas .

Ils maintiendront ce type de vol  et de tactique même à la fin de la guerre alors qu'ils effectueront certaines missions de jour.

Ainsi peuvent ils , si ils sont attaqués par un chasseur, si ils le voient à temps, faire une action « évasive » qui consiste à essayer par une figure ressemblant à la queue d'un tire-bouchon placée horizontalement , d' éviter le tir de l’ennemi .

Mais souvent au risque de percuter un des leurs.

L'équipage de Rapahaël sur le L for Love lors de la mission fatale sur Worms racontera s'être cru attaqué par un chasseur et avoir tiré sur l'avion qui piquait sur eux et qui n'était en fait qu'un des leurs exécutant cette action de défense !

Le tir défensif des mitrailleurs était considéré comme accessoire. Les mitrailleurs étant plus utiles à diriger ces actions « évasives » qu'à descendre un avion. Les mitrailleurs utilisaient surtout leur acuité visuelle et leurs postes pour surveiller le ciel autour de l'avion et repérer les bombardiers amis présentant un danger potentiel de collision.

Ce risque étant mathématiquement parlant plus grand que celui d'être descendu par un chasseur ennemi...

Camille Coquot et Raphaël Masson nous en parlent régulièrement  dans l'évocation de leurs souvenirs.

Arrivé sur l'objectif, dans chaque avion et non comme pour les américains seulement dans celui du leader, le bombardier effectue une visée individuelle. Les avions sont guidés sur l'objectif par un Master Bomber qui tout au long du passage des avions du fleuve va leur donner des indications sur les corrections à apporter à leurs visées soir directement sur la cible elle-même, soit si elle est cachée, sur les moyens pyrotechniques aériens que les bombardiers spécialisés du Master Bomber ont lancé sur cet objectif pour qu'il soit repérable.

Si la politique du maréchal de l'air Harris dit « Bomber Harris » et de Winston Churchill n'avait pas été volontairement souvent de réaliser des bombardements qui n'épargnaient pas les populations civiles allemandes, la précision des bombardements anglais aurait pu être bien meilleure que celle des américains malgré la nuit...

 

 

L’Angleterre dans laquelle ils débarquent fin 1943 début 1944 est une Angleterre tournée vers son effort de guerre. La population civile depuis 1940 a pris un rythme de vie en accord avec cet état de guerre. Elle s'est adaptée avec flegme ou fatalisme. Elle ne subit plus qu'occasionnellement des bombardements, le plus souvent de nuit. L'offensive des bombes volantes allemandes V1 ou V2 ne commencera qu'en juin 1944 et ne touchera que Londres et la zone sud est du pays.

Elle vit dans ses traditions malgré un nombre considérable d'étrangers de toutes nationalités venus pour y combattre les allemands dans les airs, sur mer et bientôt sur terre.

Les américains y sont les plus nombreux, d'abord des aviateurs, arrivés dès 1942 avec les avions de ce qui sera la 8ème Air Force , chasseurs et bombardiers, qui quotidiennement s'envolent vers les territoires occupés et l'Allemagne. Puis début 1944 par les hommes des troupes au sol qui vont  bientôt débarquer en Normandie.

Si les étrangers sont bien accueillis, ils sont tenus à respecter les coutumes anglaises pour qu'eux-mêmes le soient...

Surtout si leurs unités sont intégrées à d'autres britanniques.

Chaque nouvel arrivant se voit aussi attribué une  « famille d’accueil » dans laquelle il pourra aller passer ses permissions. (On peut lire l’adresse de deux d’entre elles celles de Martrou et d'Esquilat sur l’état de disparition de l’équipage du révérend père Meurisse).

Ceci facilite à la fois l’accoutumance au nouveau mode de vie et l’entraînement à la langue anglaise que beaucoup maîtrisent peu ou pas du tout…

Les anciens nous ont parlé des Church parades obligatoires : que l’on soit athé ou croyant, chacun doit se déclarer d’une religion et une ou deux de la semaine est consacré au culte même si ce n’est pour beaucoup que façade…

Ils s’habituent aussi au mode alimentaire anglais et au thé…

Le vin, (d’AFN) n’est servi que dans les mess français lors des fêtes…

Les français venus d'Afrique du Nord et souvent très latins devront s'habituer à tout cela dans un premier temps.

Ils apprécieront même l'efficacité de ce mode vie par la suite. .

Les méthodes, d’entraînement, de travail les choquent souvent,  les irritent aussi parfois.

Mais la plupart reconnaîtront son efficacité sur le plan professionnel.

Londres est aux dires de ceux qui l'ont connue à ce moment là : une véritable tour de Babel.

Tout ce monde, souvent en pleine jeunesse, travaille, disparaît parfois dans le ciel, sur mer, ou sur terre et s’amuse...

Clostermann parlera lui de cette ambiance si particulière où leur vie  si elle est presque ordinaire, pourtant les fait cotoyer chaque jour, ou presque, la mort de voisins et accepter l'éventualité de la leur...

Il va y avoir de nombreuses aventures, éphémères ou non, entre les jeunes femmes anglaises et les étrangers de toutes nationalités venus participer à la lutte contre l’Allemagne et plus particulièrement les nazis.

Dans l’équipage, nous savons qu’au moins deux des membres au moins, Bourreau et Dugnat auront eu des fiancées anglaises qui viendront après leurs  disparitions dans leurs familles en France.

A partir de juin 1944 jusqu’à la fin de la guerre, la ville de Londres sera soumise aux bombardements par V1 puis par V2.

Camille Coquot se souvient de ces attaques quand il allait en permission à Londres et se rendait au cinéma. Une annonce en superposition sur les images annonçait une attaque aérienne et invitait à se rendre aux abris. Mais le film continuait. S’il se rendait parfois aux abris, c’était pour une raison très pratique :

" cela pouvait être l’occasion de rencontres intéressantes…"

Elvington et le Yorkshire où ils étaient stationnés et où ils passaient la plupart de leurs loisirs n’étaient pas dans le rayon d’action de ces armes, sauf peut être de V1 lancés par avions, mais le nombre tirés de ceux-ci, a été  vraiment infime par rapport à ceux qui étaient lancés depuis des bases terrestres.

 

Ils arrivent en Angleterre au moment où les forces alliées sont victorieuses et où le futur débarquement en France commence à être sur toutes les lèvres. A l'est les troupes soviétiques vont d'offensives en offensives, en méditerranée, les alliés ont débarqué en Italie, dans le Pacifique les alliés sont aussi à l'offensive.

Par contre une guerre aérienne implacable se déroule dans les cieux d'Europe.

Le jour, les bombardiers B17, B24 américains mènent des raids sur l’Allemagne accompagnés de nombreux chasseurs d’escorte. Les bombardiers moyens américains, britanniques, avec des chasseurs bombardiers des deux nationalités s’attaquent aux transports routiers et ferroviaires pour désorganiser les approvisionnements des armées allemandes en Europe et « encager » ainsi la future zone de débarquement en Normandie. Ils s’attaquent aussi aux sites de lancement en construction des V1 et V2.

Les chasseurs alliés se livrent aussi à des missions de nettoyage du ciel (Sweep) au-dessus des territoires occupés pour conquérir la maîtrise du ciel.

La nuit ce sont les bombardiers anglais qui prennent le relais sur les cités allemandes  avec aussi la guérilla des Mosquitos sur Berlin, et l’attaque des aérodromes allemands d’où la chasse de nuit de la Luftwaffe part pour traquer les Halifax, Lancasters.

Bien vite la seconde bataille de France va débuter. Le débarquement réussit. 

Quand l’équipage va entrer en transformation opérationnelle, la France est pratiquement entièrement libérée. La plupart d’entre eux pourront correspondre avec leurs proches et amis. Ce qu’ils n’ont pas pu faire depuis novembre 1942...

Certains auront même la chance d’aller en permission dans leurs familles comme Joumas et peut être Esquilat. C'est probablement à ce moment là que Joumas apprend la naissance de son dernier frère.

 

Ce ne sera pas toujours facile sur le plan moral car la France a particulièrement souffert pendant l’occupation totale de novembre 1942 à novembre 1944.

La perception de certains civils ou pseudo-résistants français pour ceux qui sont en Angleterre n’est pas toujours favorable aux combattants exilés volontairement ou non.

Pour ces français, ceux qui sont ou ont été "là-bas"  (comprendre l'Angleterre), même pour se battre, sont des « planqués »…

Alors que pour les civils français,  en France, la guerre, certes continue, mais ce qui les préoccupe, avant tout, c'est les privations économiques et alimentaires, pour l'équipage, des Forces Françaises Combattantes en Angleterre, c’est encore le combat contre les allemands.

 

Mais c’est surtout, me dira Camille, une fatigue physique due à l’implacable tension nerveuse de la surveillance, du froid, de l’inhalation d’oxygène pur, et des variations d’altitude.

Même en étant jeune et  en ayant une semaine de permission toutes les six semaines d’activité, l’organisme avait du mal à récupérer.

La victoire est de plus en plus proche certes,  ils savent que cette année  1945 sera celle de la victoire.

Ils ne pensent pas vraiment à la mort même si ils la cotoyent régulièrement comme noté précédemment.

Ils ont seulement  conscience de faire « leur métier ».

Ils aiment voler.

Ils montent dans leur Halifax .

Ils y retrouvent leurs amis, leur place. Ils reconnaissent son odeur, surtout celle de bonbon anglais du liquide hydraulique.

Ils guettent dans la nuit les avions amis qui pourraient entrer en collision avec eux car ils les craignent presque plus que les chasseurs allemands.

Sur l’objectif, ils passent de l’obscurité presque la plus complète à une clarté  intense due aux centaines de projecteurs qui balayent le ciel, des éclatements de DCA, des incendies au sol et des marqueurs des avions éclaireurs. Ils voient alors les centaines d’avions de leur « Stream ».

Dans leurs écouteurs, ils entendent à la fois, le Master Bomber qui dirige le bombardement en indiquant comment viser les marqueurs ou ceux qui sont des ruses de l’ennemi, et la voix du bombardier qui dirige le pilote dans l’ultime approche de l’objectif.

S’y superposent aussi souvent le bruit des obus de DCA et celui des éclats qui frappent l’avion et qui résonnent dans la structure métallique.

Ils craignent dans cette phase, sans dérobade possible, à la fois l’avion qui viendra les heurter et les bombes, lancées d’avions au-dessus, qu’ils voient parfois passer très près d’eux…

 

Ils voient aussi, souvent,  lors de l'aller, sur l'objectif, ou sur le retour, de grands éclairs et des comètes enflammées filant vers le sol...

Des avions amis qui explosent ou s'embrasent victimes de collisions, de tirs de DCA ou de chasseurs.

 

Jusqu’au dernier moment cette année peut être celle du sacrifice.

 

Le lieutenant Joumas fera part à son frère de ce sentiment en novembre 1944 lors de sa permission en France comme me l' a rapporté sa belle-soeur.

 

Ce sera malheureusement le cas pour lui-même et son équipage…

 

Je voudrais aussi ajouter ces quelques réflexions.

 Comme je l'ai déjà écrit, les familles restées en France restèrent sans nouvelles pendant de longs mois entre novembre 1942 et la libération du territoire français à partir de juin 1944 et l'automne de cette même année.

Elles eurent enfin des lettres et surent ce qu'étaient devenus les leurs.

Les lettres des équipages soumises à la censure ne contenaient que peu d'informations.

Mais les familles savaient que les leurs étaient aviateurs naviguants et participaient aux combats depuis l'Angleterre.

Pour la plupart des français, en fin 1944, l'essentiel du territoire national étant libéré, moralement les combats de la guerre étaient terminés...

Ces familles savaient, elles, que ce n'étaient pas le cas...

Mais en février, en suivant les nouvelles par les journaux ou  à la radio ou encore  au cinéma, elles savaient que la guerre était bientôt gagnée.. L'Allemagne était  moribonde.

Donc elles espéraient plus fortement encore que par le passé que les leurs allaient revenir sains et saufs...

On ne peut que deviner quelle fut leur douleur en recevant ces lettres sinistres leur faisant part de la "disparition" d'un des leurs...

Soudainement, deux mois à peine avant la fin des combats, alors que tout le pays est libéré, l'un des leurs disparait !!!...

 

Que se passait-il ce jour là sur le front occidental ?

( extrait du site:

http://www.lequebecetlesguerres.org/les-unites-francophones-dans-la-campagne-de-liberation-de-leurope-de-louest-6-juin-1944-8-mai-1945

"

La route vers l’Allemagne et l’occupation après le 8 mai 1945

 

L’hiver passé sur la Meuse permet de former une ligne de défense et de préparer les troupes à l’attaque qui repoussera les Allemands au-delà du Rhin. L’essence même de la guerre allait changer à partir du moment où les Allemands subissent l’attaque chez eux. Depuis la Normandie, l’ennemi avait retraité après une résistance raisonnable. Maintenant, il allait lutter pour défendre ses derniers retranchements.

Entre février et mars 1945, alors que les Russes se rapprochent de Berlin, la Première Armée canadienne reçoit le mandat d’ouvrir le passage entre la Meuse et le Rhin en prenant la forêt de pins de la Reichswald, en perçant la ligne Siegfried, puis en défonçant les lignes de défense de la Hochwald. C’est la Bataille de la Rhénanie. Le Maisonneuve et le Régiment de la Chaudière prennent part à l’opération Véritable, entre le 8 au 21 février 1945, et à l’opération Blockbuster se déroulant dans la forêt de la Hochwald entre le 22 février et le 10 mars. Le Maisonneuve rejoint la région de Wyler et de Denheuvel en Hollande avant de se diriger vers Calcar, son premier objectif en territoire allemand.

 

Sous la pression des troupes canadiennes, la ligne Siegfried tombe le 21 février 1945  "

 

tiré du site :

http://memoire1944.canalblog.com/archives/2013/07/24/27705188.html

 

"Le 21 Février 1945, la division (94th Infantry Division ) se trouvait, avec la 10th Armored Division, dans la zone de Orscholz et de Saarburg à la confluence des rivières Sarre et Moselle. A Ayl, le Général Patton ordonna de traverser la Sarre immédiatement contre l'avis de beaucoup de ses officiers. Beaucoup d'hommes et de matériel ont été perdus pendant la traversée de la Sarre qui était une opération très mal préparée."

 

Pour mieux situer

Orscholz- Löllbach à vol d'oiseau 70-80 km...

Saarburg- Löllbach à vol d'oiseau 60-70 km...

 

Le NA 547 s'écrase cette nuit là  à moins de 100 km des lignes alliées soit dix minutes de vol à sa vitesse de croisière...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En rouge la ligne de Front le 21/02/1945 qui correspond à peu près au tracé de la ligne Siegfried
En rouge la ligne de Front le 21/02/1945 qui correspond à peu près au tracé de la ligne Siegfried
Première page  d'un journal français du 21/02/1945
Première page d'un journal français du 21/02/1945
La seconde page de ce journal
La seconde page de ce journal
La bataille à l'Ouest relatée par ce journal du 21/02/1945
La bataille à l'Ouest relatée par ce journal du 21/02/1945